Forêt d'Artémis

Publié le par M. Aurangé

Diane à la biche - Chantilly (source : panoramio.com)
Diane à la biche - Chantilly (source : panoramio.com)

Déjà, la route était loin derrière moi. J'avais quitté les sentiers battus depuis longtemps, sans possibilité de retour. L'horizon des événements était dépassé, et je ne pouvais plus regarder en arrière.

La lumière qui m'environnait s'assombrit. Je commençais à remarquer, sans vraiment y prêter attention, des vapeurs noires qui se glissaient autour des arbres comme des serpents à l'affût. La forêt devenait sinistre par endroits, et pourtant, restait si belle.

Une beauté empoisonnée que l'Homme affamé avalerait sans un remord, tout aveuglé par ses passions. L'agonisante clarté rivalisait avec les fruits succulents.

Un arbre mort se dressait devant moi. Je voyais ses branches désespérément tendues vers le ciel, sans espoir de le toucher un jour, tel un idéal inatteignable. Dans mon innocente naïveté, je crus que cet arbre, par sa volonté et par mon mon soutien, pourrait un jour atteindre le ciel. Je voyais à ses branches accrochées, quelques feuilles rouges qui, je l'espérais, allaient reverdir à force d'amour. Je sentais dans son tronc un reste de sève qui n'était pas encore totalement revenu à la terre.

En m'approchant, je m'aperçus que ces feuilles rouges n'étaient cependant pas les siennes. Une liane avait pris appui sur lui, et cette liane, pleine de vie, s'épanouissait grâce à lui, mais avait peut-être aussi causé sa mort. Ambivalence de la situation, le bourreau de l'arbre lui rendait sa beauté. Peut-être était-il même plus beau sous cette apparence trompeuse, mais il n'avait plus d'âme.

Un vent frais me fit soudain frémir. Non loin de là, un jeune arbre encore frêle bourgeonnait abondamment, ignorant le triste sort de son compagnon et inconscient du danger.

Artémis bienveillante contemplait le spectacle depuis son socle de pierre. Dans le ciel, Orion dévoila timidement trois étoiles à la vue de la belle déesse. Le croissant de Lune était descendu dans la forêt et éclairait tout d'une lumière nouvelle.

Sept implacables rayons s'en échappaient et tous les rideaux tombèrent.

Au petit matin, la liane était morte et l'arbre était tombé.

Je continuai mon chemin.

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K
J aime beaucoup.
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