Tu seras un homme, mon fils - Rudyard Kipling

Publié le par M. Aurangé

Jeune homme nu assis, Hyppolyte Flandrin, 1855
Jeune homme nu assis, Hyppolyte Flandrin, 1855

Célèbre poème qu'il est toujours bon de relire ou de se le remémorer, "Si" (en anglais "If") est un poème de Rudyard Kipling écrit en 1895 et publié en 1910 dans Rewards and Fairies. Evocation de la vertu britannique de l'ère victorienne, il a été notamment adapté par André Maurois dans son livre Les Silences du colonel Bramble (1918), sous le titre "Tu seras un homme, mon fils".

La traduction d'André Maurois (ici retranscrite), si elle n'est véritablement fidèle au texte d'origine que par quelques vers traduits directement, reprend l'idée fondamentale du poème. La régularité des vers et des rimes donne au texte français toute sa force et sa sensibilité.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils.

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