Babel

Publié le par M. Aurangé

Représentation de la Tour de Babel - 1423
Représentation de la Tour de Babel - 1423

(Comme un mot, une odeur, une voix ramènent les souvenirs à nos consciences, un texte écrit sur une page, oublié, enfoui au fond des temps, ressurgit un jour et laisse se déployer une saveur nouvelle… ainsi en est-il de ce texte de 2014, quelque peu remanié…)

Je passai ma main dans tes cheveux. Ils étaient comme je les avais imaginés, et je savourais chaque seconde de cet instant que je savais éphémère parce que non, tu ne m’aimais pas, mais cela, je ne le saurais que plus tard et à ce moment précis, je ne voulais pas le savoir. Tu étais là, contre moi, et je passais ma main dans tes cheveux. Poivre et sel. Tu devais avoir les cheveux bouclés, lorsque tu étais jeune homme, ou plutôt, si, tu avais les cheveux ondulés, légèrement bouclés, je l’avais vu sur la photo. Mais cela, comme tant d’autres choses, tu ne le savais pas. Combien de choses ne nous sommes-nous pas dites ? Cela a-t-il une importance aujourd’hui ?

Lorsque l’on retourne un sablier, on sait que le temps nous est compté. Chaque grain de sable doit être vécu intensément, et sans jamais oublier qu’un jour, tombera le dernier.

Le destin nous place sur le chemin des uns et des autres pour que nous puissions évoluer, mais il n’y a pas d’éternité. Pas plus qu’il n’y a de perfection, cela, il faudra que je t’en reparle.

J’ai commis la faute de commencer à t’aimer. Mea culpa. L’éclat que j’ai vu dans tes yeux verts ce soir-là, je le désirais depuis tellement longtemps que lorsque je le vis enfin briller, j’ai cru à un miracle.

Clapotis de l’eau contre les coques des bateaux, tu marchais à côté de moi, le soleil se couchait à l’horizon. La mer était si belle. Je t’ai demandé : sais-tu à quelle distance se situe l’horizon ? Et avec ton petit rire que j’aimais tant, tu m’as répondu que non. Tu ne m’aimais pas.

Et moi je t’aimais. Hélas. Je ne m’en rends compte que maintenant. L’amour est comme le don, il est universel, inépuisable et insaisissable.

Il est bien au-delà des mots, ce que les Hommes ne peuvent toucher par l’esprit sinon par le cœur ; mais, puisque nos désirs trop grands nous ont rendus aveugles, nous serons à jamais, chacun pour l’autre, le mythe de la Tour de Babel.

Marlène Aurangé

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