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Poème XX - Repentance

Publié le par M. Aurangé

Des parfums d'enfance oubliés
Elle hume les essences chéries
Loin des alcôves embrumées
Où trop longtemps se posa sa vie

A tâtons, loin des préceptes
Elle avait suivi une étoile
Qui se révélait bien plus pâle
Que les âmes même de ses adeptes

Allégée de sentiments
Jusqu'à sa fragilité transie
Elle donnait impunément
Jusqu'à la fleur de sa vie

Pétrifiée par la crainte
De n'être plus la seule aimée
Elle s'accrochait à poings fermés
A toutes amours même feintes

Dans la douleur de sa chair
Elle ne voyait plus la détresse
De ceux-là même qui, amers
Dédaignaient l'appeler maîtresse

Jusqu'au jour où l'Etoile
Par son infinie sagesse
De son oubliée délicatesse
Vint toucher le léger voile

Loin des mirages du déni
De sa propre mansuétude
Que les Hommes avaient banni
D'un jugement d'ingratitude

Son cœur perce les mystères
de l'Amour véritable
Celui dont n'est capable
D'y mettre fin aucune chimère

Forte de cette absolution
Et de ses larmes purifiée
Elle trouve grâces à foison
A l'abandon de son passé

Par ce pardon elle témoigne
De la puissance de l'amour
Qui tel le chant d'un troubadour
Toutes les ténèbres éloigne.

Marlène Aurangé

Repentir de Marie-Madeleine - Carlo Saraceni (1580-1620)

Repentir de Marie-Madeleine - Carlo Saraceni (1580-1620)

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Citation - poésie

Publié le par M. Aurangé

D'ailleurs, parce que le vent, comme on dit, n'est pas à la poésie, ce n'est pas un motif pour que la poésie ne prenne pas son envol. Tout au contraire des vaisseaux, les oiseaux ne volent bien que contre le vent. Or la poésie tient de l'oiseau.

Victor Hugo, Les Feuilles d'Automne, Préface (édition de 1842)

peinture de Gilles Aillaud, 2001 (source : http://www.lepoint.fr/culture/exposition-deadline-la-mort-moteur-de-l-art-30-10-2009-929966_3.php)

peinture de Gilles Aillaud, 2001 (source : http://www.lepoint.fr/culture/exposition-deadline-la-mort-moteur-de-l-art-30-10-2009-929966_3.php)

Publié dans Citations

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L'Adieu à la Mer

Publié le par M. Aurangé

Voici une nouvelle que j'avais écrite en 2012...

L'Adieu à la Mer

La nuit commençait à tomber sur le petit village breton où je séjournais. Je ne pourrais dire ce qui m'avait poussé à revenir ici, tant d'années après. Je m'étais simplement réveillé un jour en me disant : « C'est maintenant, l'heure est venue ». Alors, j'avais pris un billet pour le premier train pour Brest, emporté quelques affaires et, juste avant de partir, j'avais pris avec moi ce petit coquillage qui me suivait partout depuis ma plus tendre enfance. C'est elle qui me l'avait donné, elle pour qui je revenais ici aujourd'hui.

Je marchais dans la rue principale sans but précis, essayant de rassembler mes souvenirs, de recoller les morceaux de passé qui semblaient surgir à chaque coin de rue.

Il faisait frais en cette nuit d'automne et bien que la nuit fût claire, les gens étaient rentrés dans leurs maisons et je me retrouvais seul. Je regardais autour de moi. Les maisons, le clocher de l'église, la fontaine, tout évoquait son souvenir.

Je poursuivis mon chemin en direction de la plage. Au fur et à mesure que je me rapprochais de l'océan, la brise au parfum iodé se faisait plus vive. Il faisait froid. Je remontai mon écharpe sur mon visage et enfouis mes mains dans mes poches pour conserver un peu de chaleur.

Je descendis sur la plage. Mes pieds s'enfonçaient dans le sable humide ; il avait plu ce matin. J'aperçus quelques rochers qui surplombaient la mer. J'entrepris d'y grimper et m'assis dans un creux. Ça et là, quelques trous d'eau laissaient deviner un crabe, une étoile de mer, ultimes refuges de ces animaux surpris par la marée basse ; emprisonnés malgré eux, comme je l'étais dans mes souvenirs.

Je sortis de ma poche le petit coquillage que j'avais emmené et le serrai bien fort. Au loin, une lumière brillait, c'était un bateau qui passait au large. Peut-être l'avait-il croisée, dans l'immensité des océans. La lumière scintillait, comme un écho aux dernières lumières de la ville qui s'endormait peu à peu, comme un au revoir avant qu'elle ne disparaisse complètement au-delà de la ligne d'horizon.

J'écoutais le clapotis des vagues contre les rochers quand je distinguai quelqu'un s'approcher de moi. L'arrivée de cet inconnu, un homme âgé, au pas mal assuré, me tira de ma rêverie. Il me salua et je ne mis pas longtemps à reconnaître Erwan, ancien pêcheur et ami de mes parents.

« - Je ne m'attendais pas à te trouver ici, dit-il. Tu es revenu dans la région ?

- Je suis seulement de passage... C'est toujours un plaisir de vous voir, Erwan, il y a tellement longtemps ... »

Erwan s'assit à côté de moi et, le regard perdu vers l'océan, il reprit :

« - Tu sais petit, je sais pourquoi tu es revenu ici, mais parfois, il vaut mieux laisser le passé là où il est. Tu es jeune, tu as toute la vie devant toi … Vois-tu, moi qui suis vieux maintenant, je viens tous les soirs ici depuis que ma femme a quitté ce monde. J'essaie de retrouver un peu d'elle dans les vagues, sur les rochers où nous avons marché si souvent. Mais toi, tu es si jeune ... »

Il s'arrêta, ayant aperçu le petit coquillage que je tenais toujours dans ma main.

« - C'est elle qui me l'avait donné, lui dis-je en lui montrant le coquillage. C'était juste avant son départ, sur cette plage. »

Je me souvins d'elle, penchée vers moi, avec ce regard si doux que je ne pourrai jamais l'oublier. Alors que nous nous promenions sur la plage, elle avait ramassé ce petit coquillage et l'avait mis dans ma main en me disant : « Garde-le toujours où que tu ailles, ainsi quand je partirai je serai un peu avec toi ».

« - C'était une femme extraordinaire, reprit Erwan. Une grande navigatrice et pourtant ... »

Je ressentis cette douleur que je ne connaissais que trop bien, celle qui m'envahissait chaque fois que je me remémorais son bateau, échoué sur la côte, sans plus personne à bord.

Erwan soupira.

« - C'est le destin, petit. On ne peut rien contre ces choses-là. »

Après un silence, il se leva, me tapota gentiment l'épaule et s'éloigna dans la nuit.

Le destin. Combien de fois m'avait-on répété ce mot, combien de fois avais-je tenté de m'en convaincre ?

A présent, il faisait nuit noire et le ciel était rempli d'étoiles. Je me levai et m'approchai de l'eau, serrant toujours le petit coquillage dans ma main. Elle était partie un matin, pour ne plus jamais revenir. Depuis ce jour j'avais vécu avec ce remords, celui de ne pas avoir pu lui dire adieu, et c'était la raison de mon retour ici. La laisser partir, pour enfin devenir l'homme qu'elle aurait voulu que je sois.

Un sentiment nouveau m'envahit alors, comme une étonnante sérénité, la même qui émanait d'elle quand elle rassurait l'enfant que j'étais. C'est ainsi que je sus que mon voyage s'achevait.

Je me penchai sur l'eau et y plongeai mes mains. Le petit coquillage, emporté par le mouvement des vagues, disparut dans l'eau glacée.

Alors, avant de m'éloigner du rivage, j'écoutai une dernière fois le murmure de l'océan, si calme ce soir, comme pour l'imprimer dans ma mémoire. Mon regard se perdit une dernière fois sur les reflets tremblotants que l'eau rendait aux étoiles. Maintenant, je pouvais lui dire au revoir. A elle.

Marlène Aurangé

Caravelle en pleine mer (Source : http://www.e-tableaux.fr)

Caravelle en pleine mer (Source : http://www.e-tableaux.fr)

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