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9 articles avec lectures et critiques

De profundis clamavi - Les Fleurs du Mal

Publié le par M. Aurangé

Page de couverture de la première édition des Fleurs du Mal (1857), réalisée par Auguste Poulet-Malassis et Eugène de Broise
Page de couverture de la première édition des Fleurs du Mal (1857), réalisée par Auguste Poulet-Malassis et Eugène de Broise

Charles Baudelaire a si bien décrit les ténèbres qui peuvent s'emparer de l'âme dans son recueil Les Fleurs du Mal, édité pour la première fois en 1857, le spleen, angoisse d'exister, état mélancolique acausal, terme issu principalement du courant romantique allemand et anglo-saxon (XIXe siècle) et qui fut popularisé par lui.

La structure du recueil montre une volonté de recherche de l'idéal pour dépasser cette mélancolie, au travers d'une description sans concession du monde réel auquel les diverses tentatives d'échappement (la fuite dans la foule parisienne, les paradis artificiels et les plaisirs charnels) conduisent inévitablement au désenchantement et aux remords, dont Baudelaire tire les conséquences dans les deux dernières sections de son recueils, la Révolte et la Mort.

A travers ce recueil, le poète prône le détachement de la poésie et de la morale, consacrant entièrement la première à la recherche du Beau et non de la Vérité, la poésie ne devant exister que pour elle-même (cf. Notice sur Edgar Poe). Il tente de faire le lien entre la Beauté et le Mal, d'extraire la Beauté du Mal, non sans un certain esprit de provocation.

Le titre du recueil rappelle également que la "fleur" peut désigner l'essence d'une chose, en l'occurrence, l'origine du Mal, que Baudelaire décrit au travers ses poèmes comme étant l'Ennui, dans ses effets les plus pervers.

Toutefois, si ce thème est prédominant, on trouve aussi dans les Fleurs du Mal des évocations plus heureuses, telles que l'élévation spirituelle et la contemplation de l'éblouissante beauté, ce qui en fait l'une des œuvres les plus variées de l'histoire de la poésie.

De profundis clamavi

J'implore ta pitié. Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre;
C'est un pays plus nu que la terre polaire;
Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois!

Or il n'est d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos;

Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide!

Les Fleurs du Mal, Spleen et Ideal, XXX

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Confiteor - Jaume Cabré

Publié le par M. Aurangé

Confiteor - Jaume Cabré

Confiteor, un livre qui est de ceux qui marquent les esprits, l'un de ces livres qui nous invitent à une réflexion poussée sur la nature humaine, auquel on ne peut que repenser régulièrement au fil de sa vie face à certains événements, bref, un livre qui nous transcende.

Le lecteur suit l'histoire d'Adrià Ardèvol, enfant surdoué mal aimé de ses parents, qui s'entre-déchirent au sujet de son éducation, l'un voulant faire de lui un humaniste polyglotte, et l'autre un violoniste virtuose, qui grandira en portant la lourde histoire familiale sur ses épaules.


Ecrit sous la forme d'une lettre à la femme aimée, artiste juive tour à tour retrouvée et perdue qui éveillera la sensibilité d'Adrià, Confiteor est surtout une confession, celle d'un homme immensément cultivé et à la soif de connaissance sans borne, parlant quatorze langues et ressentant l'histoire des objets et des lieux, enfant solitaire et incompris, qui, avant que la maladie d'Alzheimer lui fasse perdre toute mémoire au seuil de la vieillesse, tente, au travers de sa propre histoire, entremêlée de celles d'autres personnages à d'autres époques - et c'est là que réside toute l'ingéniosité de la narration - de comprendre l'origine du Mal.


Comment expliquer que le Mal, les comportements les plus abjects, surgissent à certains moments de l'histoire de l'humanité ? Ce mal est-il intrinsèque aux individus ? Résulte-t-il de comportements individuels ou de la combinaison de plusieurs facteurs au sein d'une communauté, d'un contexte culturel et historique, qui enlèverait une part de responsabilité à ceux par qui il s'est propagé ? Autant de questions qui obsèdent Adrià Ardèvol, qui tentera d'y répondre en mêlant, au récit de sa vie, ceux d'un moine en quête de repentance et d'un inquisiteur général, d'un médecin nazi et d'une famille juive, personnages dont les vies se mélangent dans le récit et s'entrecroisent de telle manière à former des archétypes transcendant toutes les époques et tous les lieux, confondant les destins et les vies, avec pour fil conducteur, l'histoire d'un violon, dont les origines mystérieuses se révèlent petit à petit et qui forme la clef de voûte du roman.


Inquisition, franquisme, nazisme, absurdités de la guerre et des dictatures, autant d'époques et de faits explorés qui retracent l'Histoire européenne au travers de cette quête.


Comment conjurer ce Mal ? Autre question soulevée par l'auteur, dont le personnage principal tentera d'y répondre par son intarissable soif de beauté, de connaissance et de pardon, qui semblent être les seules voies pour alléger - à défaut de pouvoir l'éradiquer - l'abjection sur la Terre.


Confiteor est un véritable chef-d’œuvre, un roman époustouflant et original, bref, une véritable perle littéraire, révélatrice du talent de l'écrivain, philologue et scénariste catalan Jaume Cabré (né en 1947 à Barcelone).

Il est quasiment impossible de résumer cet ouvrage tant la narration est inhabituelle, exercice auquel, cependant, j'ai tenté de me prêter afin de participer à faire connaître ce livre que j'avais déjà évoqué ici, tout en ayant conscience qu'il m'est impossible d'en restituer toute la richesse.

Je joins une interview de Jaume Cabré sur France Inter, une analyse très intéressante de cette œuvre (disponible jusqu'au 12 juin 2016), que je vous invite vivement à écouter si les thèmes abordés dans ce livre vous intéressent.

Incipit :

"Ce n’est qu’hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. Tout à coup, j’ai vu clairement que j’avais toujours été seul, que je n’avais jamais pu compter sur mes parents ni sur un Dieu à qui confier la recherche de solutions, même si, au fur et à mesure que je grandissais, j’avais pris l’habitude de faire assumer par des croyances imprécises et des lectures très variées le poids de ma pensée et la responsabilité de mes actes. Hier, mardi soir, en revenant de chez Dalmau, tout en recevant l’averse, je suis arrivé à la conclusion que cette charge m’incombe à moi seul. Et que mes succès et mes erreurs sont de ma responsabilité, de ma seule responsabilité. "

Publié dans Lectures et critiques

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Citation - Le sens de l'adversité

Publié le par M. Aurangé

L’œuvre de Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, recèle de nombreuses réflexions susceptibles de nous éclairer sur le bien-fondé de ce que nous faisons et de ce à quoi nous aspirons.

Voici un extrait qui m'est resté en mémoire, où le père Nicanor, curé de la ville de Macondo, propose une partie de dames à José Arcadio Buendia, le fondateur de la ville attaché à un châtaigner et abandonné à son sort après être devenu fou :

"Un jour que le père Nicanor s'en vint le voir sous le châtaigner avec un damier et une boite de jetons pour le convier à jouer aux dames avec lui, José Arcadio Buendia ne voulut point accepter car, lui dit-il, jamais il n'avait pu comprendre quel sens pouvait revêtir un combat entre deux adversaires d'accord sur les mêmes principes."

Les joueurs d'échecs - Huile de Honoré Daumier (1808-1879)

Les joueurs d'échecs - Huile de Honoré Daumier (1808-1879)

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Les brumes de l'apparence, de Frédérique Deghelt

Publié le par M. Aurangé

Les brumes de l'apparence, de Frédérique Deghelt

Dernièrement j'ai lu "Les brumes de l'apparence", de Frédérique Deghelt, paru il y a peu aux éditions Actes Sud.

Le thème, la médiumnité, est un sujet suffisamment intéressant et assez peu abordé dans la littérature pour que ce livre mérite que l'on s'y attarde. On y suit le cheminement de Gabrielle, une femme quadragénaire à la vie bien rangée, à qui tout a réussi, aussi bien professionnellement que personnellement, qui voit sa vie basculer le jour où elle se découvre des dons de médiumnité.

Loin des clichés sur les médiums auxquels chacun a déjà été confronté et qui peuvent, dans certains cas, être fondés (on ne compte plus les abus de certaines personnes peu scrupuleuses dans ce domaine), bien que ce don soit de plus en plus valorisé notamment grâce à la télévision, ce livre nous permet de comprendre, de l'intérieur, tout le cheminement intellectuel auquel une personne découvrant qu'elle a ce don peut être amenée à faire.

Un bel éloge de la tolérance également, car le don de médiumnité peut être difficile a accepter par l'entourage s'il n'y a pas été préparé.

Je regrette cependant certaines longueurs et une intrigue plutôt prévisible, ainsi que des passages trop rapides sur certains points pourtant cruciaux, tels que les rapports de Gabrielle avec son fils quand celui-ci prend connaissance de son don et une conclusion un peu décevante au regard de toutes les pistes qui ont été développées avant, avec moult références philosophiques, littéraires et scientifiques.

Malgré cela, pour ceux que le sujet intéresse, je recommande ce livre, ne serait-ce que pour toutes les références qu'il contient et le cheminement intellectuel de l'héroïne, qui me paraît très crédible.

Publié dans Lectures et critiques

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Le nom des coquillages, Anthony Doerr

Publié le par M. Aurangé

Le nom des coquillages, Anthony Doerr

Dernièrement j'ai lu ce recueil de nouvelles d'Anthony Doerr, un auteur américain. Le thème du rapport à la nature, du retour aux sources, de la prise de conscience de la place que chacun occupe dans ce monde y est remarquablement traité au travers de huit nouvelles très différentes.

Je retiendrai la première, l'histoire de ce collectionneur de coquillages aveugle, qui tente de défendre son univers et ses valeurs de l'invasion de journalistes américains en quête de sensations fortes et complètement sourds au messages de la nature, ébranlé dans ses convictions par la découverte du pouvoir d'un petit mollusque, qui peut tout aussi bien tuer que sauver des vies...

La seconde, qui relate l'histoire d'une jeune fille se découvrant des dons de médium au contact de la nature, incomprise de son mari chasseur...

Cependant, je dois dire que c'est la dernière qui m'a le plus frappée, de par la belle leçon de vie qu'elle contient... Savoir faire "le pas de plus" peut être un élément crucial du déroulement de nos vies, voire une nécessité vitale pour être en accord avec ce que nous sommes vraiment.

Je suis beaucoup moins enthousiaste à propos des autres nouvelles, qui, si elles apportent une vision intéressante du monde et de la nature, restent assez banales en regard des autres que je viens de citer et sont quelquefois écrites dans un style assez cru que me dérange un peu.

C'est malgré tout un livre que je recommanderais aux amateurs de nouvelles et amoureux de la nature, ne serait-ce que pour la première et la dernière nouvelle qui, à elles seules, valent le détour.

Publié dans Lectures et critiques

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L'extraordinaire voyage du fakir... de Romain Puértolas

Publié le par M. Aurangé

L'extraordinaire voyage du fakir... de Romain Puértolas

En voyant, il y a quelques jours, une femme dans le métro en train de lire "L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea" de Romain Puértolas, je me suis souvenue d'une collègue qui me l'avait chaudement recommandé.

C'est, m'avait-elle dit, le livre "à la mode" qu'il faut lire absolument. Pour ma part, je n'aime pas trop les livres à la mode, mais rien que pour le titre de ce livre je me suis dit que je devais bien aller voir de quoi il s'agissait, bien que je l'aie fait, je dois l'avouer, sans grande conviction.

Et là, surprise ! En lisant quelques résumés et critiques que j'ai trouvés sur internet, je me rends compte qu'il s'agit d'un ouvrage un peu plus profond qu'il n'y paraît... qui, au-delà d'une histoire abracadabrante et d'un humour très présent (plus ou moins apprécié selon les critiques que j'ai lues), engage une réflexion sur la condition humaine, notamment celle des clandestins.

Dénoncer les travers de notre société au moyen d'une histoire un peu loufoque et d'une certaine ironie, voilà qui me rappelle les contes philosophiques de Voltaire que je lisais adolescente (sans pousser la comparaison plus loin).

Cependant, je reste assez sceptique, le style d'écriture de l'auteur ne correspondant pas à ce que j'ai l'habitude de lire.

Alors, à tous ceux qui viennent de lire ce billet : si vous avez un avis sur ce livre, n'hésitez pas à m'en faire part !

Publié dans Lectures et critiques

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La Langue des Papillons, de Manuel Rivas

Publié le par M. Aurangé

La Langue des Papillons, de Manuel Rivas

La langue des Papillons, récit qui donne son titre au recueil de nouvelles du même nom de Manuel Rivas, auteur galicien, fait partie de ces oeuvres qui ne laissent personne indifférent tant elles sont intenses et emplies d'émotions.

Les autres nouvelles de ce recueil sont toutes aussi intéressantes, cependant, La Langue des Papillons est celle que je retiendrai.

A l'aube de la Guerre Civile espagnole, Manuel Rivas nous entraîne au coeur d'un petit village de Galice où la vie semble s'écouler paisiblement pour tous ses habitants. Un petit garçon s'apprête à entrer à l'école et en a très peur, mais grâce à son nouveau maître, un homme passionné par la nature, par les insectes et à la pédagogie remarquable, l'école va devenir l'endroit où il se sent le mieux.

Pourtant, à travers cette apparente quiétude, des tensions s'installent, l'ombre de la Guerre Civile plane au-dessus du bonheur de ce petit garçon. En écrivant très simplement, sans jamais tomber dans le discours politique, sans jamais porter de jugement, l'auteur nous décrit, du point de vue d'un jeune enfant, l'anéantissement d'un monde, la peur, la délation... ce qui rend le récit d'autant plus cruel.

L'absurdité de la guerre y est tout à fait mise en exergue. En effet, il y est montré comment, dans un petit village perdu au milieu de la campagne, où tout le monde se connaît depuis toujours, l'adhésion des uns et des autres à certaines idéologies, exacerbée par l'annonce de l'état de guerre, peut conduire à des actes de cruauté et de trahison... Mais ainsi en va-t-il de la nature humaine.

En refermant ce livre, on se retrouve seul avec soi-même, médusé, désemparé, et l'on se demande comment l'on aurait réagi dans une telle situation. On comprend mieux alors le déchirement du peuple espagnol et le traumatisme encore vivant laissé par la Guerre Civile.

Publié dans Lectures et critiques

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Le dernier livre de Jaume Cabré, Confiteor, une réflexion sur l'être humain et la barbarie

Publié le par M. Aurangé

Le dernier livre de Jaume Cabré, Confiteor, une réflexion sur l'être humain et la barbarie

Le dernier livre de Jaume Cabré, auteur catalan, nous entraîne dans un univers passionnant mêlant la grande Histoire et la petite, nous invitant à suivre le cheminement d'un enfant et l'impact du contexte historique (et de son contexte familial) sur ses choix à l'âge adulte. "Confiteor", c'est le titre de son roman, exprime, selon lui, "la perplexité devant le mal".

Lauréat de l'édition 2013 du prix Courrier International, vous trouverez ici une interview filmée et un article sur cet auteur.

J'ai lu plusieurs critiques à propos de ce livre et elles sont excellentes ; je le mets donc en tête de ma liste de lecture et en reparlerai certainement sur ce blog.

Publié dans Lectures et critiques

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Gabriel García Márquez et le réalisme magique

Publié le par M. Aurangé

Ici, une interview de Jean-Michel Blanquer, président de l'Institut des Amériques et spécialiste de la Colombie, réalisée par le Figaro, à propos de Gabriel García Márquez, dont je parlais précédemment.

Je joins une petite vidéo de son dernier anniversaire (merci à Pierre de me l'avoir fait découvrir), hommage à ce grand auteur que j'admire beaucoup.

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